Hedy Lamarr : actrice et inventrice du GPS


Hedwig Eva Maria Kiesler est née le 9 novembre 1914 à Vienne, en Autriche. Surnommée « la plus belle femme du monde », cette actrice – scientifique a eu une vie faite de rebondissements.

L’extase en guise de notoriété

Hedwig se présente seule, à seize ans, probablement recommandée par une relation de ses parents dont la situation financière s’est dégradée, aux studios Sascha de Vienne. Georg Jacoby l’engage pour deux films : Geld auf der Strasse (1930) avec Rosa Albach-Retty, la grand-mère de Romy Schneider, et Tempête dans un verre d’eau (1931). Elle doit sa notoriété à un film tchèque sorti en 1933 : L’extase. Elle est filmée en gros plan simulant un orgasme et courant toute nue dans un champ après un cheval qui a emporté sa robe. Un scandale à l’époque. Présenté à la Biennale de Venise, ce long-métrage est condamné par le pape Pie XII, mais, comme bien souvent quand l’Eglise se mêle de cinéma, propulse la jeune Hedy Lamarr au rang de star planétaire.

A la fin des années 30, la Metro Goldwin Mayer lui propose un contrat de sept ans où elle tourne une quinzaine de films aux succès plus ou moins avérés. C’est à cette époque qu’elle adopte son nom de scène : Hedy Lamarr.

Une geek avant l’heure

Touche à tout, Hedy Lamarr, a des passions multiples. L’une d’entre elles l’a conduit vers une invention qui profite aujourd’hui au monde entier : le radio guidage. Lamarr avait pris connaissance de technologies de différentes armes lorsqu’elle avait été mariée de 1933 à 1937 à Friedrich Mandl, un très important fabricant d’armes autrichien pro nazi.

Hedy Lamarr et George Antheil au cours de leurs expériences

Quand elle n’était pas sur un plateau de tournage, Hedy Lamarr passait son temps à inventer. Ainsi, en 1941, elle met au point, avec le compositeur et pianiste américain George Antheil, un système commutateur de fréquence capable de guider une torpille en utilisant la technologie appelée «zapping radio» et qui permet au système émetteur-récepteur de la torpille de changer de fréquence, rendant pratiquement impossible la détection de l’attaque sous-marine par l’ennemi. De quoi contribuer à la défaite des Allemands… En clair, il s’agit d’un principe de transmission toujours utilisé pour le positionnement par satellites (GPS), les liaisons cryptées militaires, les communications des navettes spatiales avec le sol, la téléphonie mobile ou dans la technique Wi-Fi.

Cette femme est donc à l’origine de nos communications par téléphone portable avec la « technique Lamarr ». Son invention n’est pas prise au sérieux ou tout du moins on ne lui dit pas. Le dossier est pourtant classée « secret défense ». Une starlette qui fait la leçon à l’US Army n’est pas très bon pour l’image… En 1942, le brevet US 2.292.387 est néanmoins accordé à George Antheil et Hedy Kiesler Markey, de son nom de femme mariée. Ce procédé est finalement utilisé dans la crise des missiles de Cuba en 1962 et pendant la guerre du Vietnam.

 

Des caprices et des hommes

À la fin des années 40, Hedy Lamarr se lance dans la production de films. Comédie, drame, péplum, elle essaye à peu près tous les genres sans parvenir au succès mis à part Samson et Dalila de Cecil B. DeMille en 1949. En 1949, Hedy Lamarr remporte le seul prix de sa carrière, le Prix pomme acide de l’actrice la moins coopérative remis par les Golden Apple Awards… Intelligente, capricieuse, Hedy Lamarr a aussi la passion des hommes. Et il y a du beau monde : David Niven, Marlon Brando, Jean-Pierre Aumont, Eroll Flyn, Orson Welles, Charlie Chaplin, Billy Wilder, Otto Preminger, Charles Boyer, Clark Gable, James Stewart, Robert Taylor, Robert Walker, Spencer Tracy ou le photographe Robert Capa. Sur les hommes, elle estime qu’« en dessous de 35 ans, un homme a trop à apprendre, et je n’ai pas le temps de lui faire la leçon. » Elle se mariera six fois.

Jean-Pierre Aumont se souvient d’elle en ces termes : « Il y avait une actrice autrichienne, Hedy Lamarr, qui était une des reines d’Hollywood ; elle regrettait tellement le climat pluvieux de son Tyrol natal qu’elle avait fait installer, dans le jardin de sa propriété en Californie, une machine à faire la pluie ».

À la fin des années 50, Hedy Lamarr se retire de la vie publique et amorce une descente aux enfers. Elle passe devant les tribunaux pour vols à l`étalage, expérimente la chirurgie esthétique et dilapide sa fortune. Elle reçoit rétroactivement le prix de l’Electronic Frontier Foundation américaine en 1997. Elle décède trois ans plus tard en Floride à l`âge de 85. À titre posthume, elle et George Antheil sont ensuite admis au National Inventors Hall of Fame en 2014. Les Geek lui disent merci.

BOMBSHELL : le documentaire sur Hedy Lamarr

Hedy Lamarr : From Extase to WiFi est un film documentaire biographique américain, réalisé par Alexandra Dean sorti en 2017. Il raconte les débuts fulgurants dans Extase aux prémices des nouvelles technologies chères à notre ère digitale. Ce double portrait est celui d’une actrice qui fascina le monde par sa beauté et sa liberté sexuelle exacerbée. L’autre, plus intime, est celui d’un esprit scientifique insoupçonné. Obsédée par la technologie, Hedy inventa un système de codage des transmissions qui aboutira au GPS et bien plus tard au Wifi. Il s’agit d’une invitation contemporaine à redécouvrir une figure complexe, celle d’une enfant sauvage partie conquérir Hollywood pour fuir son mari pro-Nazi.

Share Button

Leave a Reply