Un homme, une femme, une Mustang : 50 ans déjà


1966. Claude Lelouch est alors un jeune réalisateur de 28 ans. Insouciant mais inspiré. Un homme et une femme, le 8ème film de Claude Lelouch, part d’un échec. Récit.

Un scénario dû au hasard d’une déception

Le cinéaste est terriblement déçu par l’échec de son 7ème film Les Grands moments « Un échec terrible. J’avais envie de mourir… J’ai pris ma voiture, comme à chaque fois que je vais mal. J’ai roulé comme un fou sur l’autoroute de l’Ouest. J’étais au bout du rouleau. Je me suis retrouvé sur les Planches de Deauville » explique-t-il. Il s’endort dans sa voiture, est réveillé par le soleil. « La lumière est sublime, la marée basse incroyable. Je vois, très loin, une femme élégante qui marche avec un enfant et un chien. L’image est magnifique ». Ainsi naît Un homme et une femme. «J’ai écrit le scénario en 48 heures ».

Claude Lelouch parle de son projet à Pierre Barouh. Il compose la chanson titre et son fameux « cha ba da ba da», chanté par ce dernier et Nicole Croisille. Une musique composée par un accordéoniste niçois, ami de Barouh, Francis Lai.

L’idée du pilote de course trouvée par Jean-Louis Trintignant

Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimé, les acteurs du film

Reste à trouver les acteurs. Jean-Louis Trintignant, auquel il a pensé en premier  trouve l’idée formidable. « Au départ, j’étais médecin » raconte Jean-Louis Trintignant. « J’ai proposé à Claude d’être pilote de rallye. Il a réfléchi et m’a dit OK, ça mettra de l’action dans cette histoire d’amour ». A noter que l’acteur est le neveu de Maurice Trintignant vainqueur du Grand Prix de Monaco en 1955. Pour la femme, « j’avais pensé à Romy Schneider. Ça l’intéressait mais je cherchais une femme, pas une actrice. J’avais alors songé à Anouk Aimée ».

Jean-Louis Trintignant au volant de la Ford Mustang avec Claude Lelouch à l’arrière en train de filmer

Des scènes sont tournées sur le 35e Rallye de Monte-Carlo dont Trintignant, pilote et passionné de courses automobiles, prend le départ au volant de la fameuse Ford Mustang n° 145 avec, à l’arrière, Claude Lelouch, caméra sur l’épaule.

Une palme d’or, un golden globe puis deux oscars

Les premières projections rencontrent le succès. Le film représente la France in extremis au Festival de Cannes 1966 et décroche le jackpot : la Palme d’Or 1966 et une standing ovation de vingt minutes. 4 269 653 spectateurs français seront conquis.

L’année suivante, il remporte deux Oscar à Hollywood, ceux du meilleur film étranger et du meilleur scénario original. Anouk Aimée reçoit le Golden Globe de la meilleure actrice par Fred Astaire et tourne ensuite avec Sidney Lumet et George Cukor dans Le rendez-vous en 1969. Claude Lelouch est sur un nuage : « John Wayne, Kirk Douglas, Steve McQueen et Marlon Brando veulent tourner avec moi. Ce film a été de miracle en miracle ».

Anouk Aimé dans « Un homme et une femme »

Un homme et une femme est un film qui bouscule les codes du cinéma. La caméra 35 mm souvent portée à bout de bras offre des plans en noir et blanc ou en couleur. Le jeu des acteurs est des plus spontanés « j’ai filmé comme un reporter avec très peu de moyens » explique Claude Lelouch avec un tournage resserré sur un mois.

Le film parle à toute une génération. L’histoire d’amour entre Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée offre un univers glamour entre Deauville, Monte-Carlo, Montlhéry avec un second rôle pour le moins anodin : la Ford Mustang.

L’histoire d’amour entre Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimé

En effet, dans l’histoire, Jean-Louis Trintignant alias Jean-Louis Duroc  est veuf. Pilote rescapé d’un grave accident et hanté par le suicide de sa femme, il rencontre par hasard Anne Gauthier, formidable Anouk Aimée. Veuve d’un cascadeur tué
lors d’un tournage, ces deux là se rapprochent. De regards en conversations, les deux âmes brisées vont s’apprivoiser puis s’aimer : « C’est la mi-temps d’un couple, ils ont un passé mais tout reste possible »  explique Claude Lelouch.

Deux mustangs engagées au Monte Carlo

Autour de cette histoire où l’automobile joue son rôle, la Ford Mustang utilisée par Jean-Louis Trintignant est également un lieu de tournage. Elle est le huis clos de leurs dialogues.

Deux Mustang sont engagées sur le rallye Monte Carlo. Une première avec  Jean Louis Trintignant, Henri Chemin de chez Ford et Claude Lelouch qui filme tout ce qui se passe sur le visage du pilote. La deuxième, portant le numéro 184, est un clone, utilisée pour les plans extérieurs. Cette dernière fera 11è à Monaco mais sera malheureusement disqualifiée.

La Mustang existe toujours et a fait rugir son V8 de 260 ch lors de l’édition 2012 de la Traversée de Paris avec au volant Claude Lelouch. Elle reste à jamais gravée dans le cinéma français à l’instar de celle utilisée pour le film Bullitt avec Steve Mc Queen. Une belle histoire d’homme, de femme et de voiture qui dure depuis 50 ans.

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