Oscar Mayer : Hot Rod en cuisine


Quand on parle de réussites industrielles  aux Etats-Unis, spontanément les images de Coca Cola, Ford, Texaco ou bien encore Boeing viennent à l’esprit. Pourtant,  un immigré, d’origine allemande, a su mettre l’Amérique à ses pieds avec une idée simple : le Hot Dog Oscar Mayer. Une référence aujourd’hui.

Michigan. 1836. Les caravanes de migrants allemands inondent les routes en direction de Saint Louis, Chicago et La Nouvelle Orléans. Poussée par les Prussiens, l’antisémitisme fait rage en Allemagne, les juifs sont privés d’emplois publics et de mariage, la Bavière, en particulier, est désertée. Bref, le désarroi pousse la communauté juive allemande à prendre la poudre d’escampette vers un eldorado tout nouveau : l’Amérique. Le Pays du Far West est en pleine mutation, se modernise, paddle boat, routes et bientôt  chemins de fer arrivent à coup de charbon.

Immigrés juifs allemands aux Etats-Unis

Les allemands arrivent avec leur savoir-faire.  Colporteurs, quincailliers, artisans dans la confection viennent proposer leurs services.  La proportion d’immigrés européens passe de 1,4 % en 1815 à 9,7 % en 1850. Les allemands se concentrent tout d’abord dans trois États : Ohio, Indiana et Illinois. En 1830 cette immigration s’accélère. Les Allemands sont 152 000 à entrer aux États-Unis, contre 46 000 pour les Français, puis 435 000 en 1840 et 5 millions en 1960. Mais ce n’est pas la communauté la plus importante. Les Irlandais sont 781 000, tous ont fui la grande famine de 1845 causée par le mildiou et qui a anéanti les réserves de pommes de terre.

Face à cette folie migratoire et les Etats redoublent de bienveillance et draguent ces européens robustes caractérisés par un coup de fourchette qui ne fait pas mentir la légende. Les Allemands avancent alors un peu plus dans le Midwest. Beaucoup contribuent au développement industriel de la région des Grands Lacs ou deviennent fermiers dans le nord des grandes plaines, où ils cultivent le blé et le maïs non loin de la frontière canadienne. Peu à peu, les paysans et les artisans sont rejoints par des médecins, juristes, pasteurs, professeurs.

Parmi ce flot migratoire, la famille Mayer arrive sur le sol américain en 1873 et prend la direction de Detroit où une grande communauté allemande s’est installée. Le jeune Oscar, accompagné de son frère Gottfried, a alors 14 ans. Il devient garçon boucher sur les marchés.

Oscar le roi du cochon 

Oscar Mayer store

En 1876, Oscar rejoint son frère établi comme fabricant de saucisses et de jambons à Chicago. Il a alors 17 ans et trouve rapidement du travail au Kohlhammer’s Market, puis chez Philip Armour & Company, entreprise agro-alimentaire réputée. En 1883, Oscar, le petit malin, a suffisamment économisé pour louer une entreprise en faillite, le Kolling Meat Market, dans un des quartiers allemands. Les ventes du premier jour totalisent 59 $. Les coupes de porc coûtent à l’époque entre 8 à 12 cents la livre. Les spécialités culinaires des frères Mayer sont réputées pour tenir au corps ! L’adresse est courue. Jambons de Westphalie, brockwurst, saucisses de foie, bacon et saucisses font des merveilles auprès des 470 000 allemands de Chicago, soit un habitant sur quatre. La société Oscar Mayer & Brother est vite rebaptisée Oscar Mayer & Company. En 1893 la « fine » équipe sponsorise l’exposition universelle de Chicago. Une réussite exemplaire 20 ans après leur arrivée sur les terres de l’Oncle Sam. En 1900, la TPE devenue PME compte 43 salariés et en 1904, Oscar Mayer appose sa marque sur ses produits et six ans plus tard ils adhèrent  au  programme fédéral d’inspection des viandes, réservé pourtant aux industries agro-alimentaire. En 1929, ils créent la bande jaune en tant qu’indicateur de viande de haute qualité. Le Deutsch kalitât avant l’heure en quelque sorte !

Wienermobile : le food truck vintage 

International D-300 Wienermobile

Mais le coup de génie  vient en 1936. Dans une Amérique emportée par un secteur automobile dynamique, Oscar ou plus exactement son neveu a une idée de génie. En 1936, l’homme « sandwich » crée une voiture sandwich : la Wienermobile. Un food truck vintage en forme de hot dog faisant la promotion des produits de la gamme à travers tout le pays. En allemand, « Wiener » est une saucisse de Vienne. Le terme est largement utilisé aux États-Unis pour nommer la saucisse des hot dogs. Si un parallèle devait être fait avec notre bon goût culinaire, à la douceur de vivre hexagonale et par la même occasion au charme automobile à la française nous dirions que la 2 cv Justin Bridou de notre tour de France cycliste est la cousine de la Wienermobile. Mais revenons à notre saucisse. Au total huit modèles différents se succèdent. La partie basse du véhicule, beige sur les plus anciens modèles et jaune sur les plus récents, représente le pain, tandis que la partie supérieure orange, contenant l’habitacle prend la forme d’une saucisse. La première Wienermobile conduite successivement par huit « pilotes » nourrit sa légende grâce à Meinhardt Raabe. Acteur de (très) petite taille, il connait son heure de gloire dans le rôle du coroner Munchkin dans le film  » Le Magicien d’Oz  » en 1939. Pilote « ambassadeur » pour Oscar Mayer jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, son surnom « Little Oscar le plus petit chef du monde » n’a rien d’un hasard. Le véhicule a peu d’espace pour les passagers, Mayer réalise que le porte-parole doit être petit et choisit Meinhardt dont la taille ne dépasse pas 1m40.

Meinhardt Raabe en Little Oscar avec la Wienermobile

Après la seconde guerre mondiale, en 1952, la Wienermobile est relancée avec une flotte de cinq véhicules sur un chassis Dodge. Cette version est exposée au Musée Henry Ford à Detroit. Oscar Mayer décède en 1955 laissant derrière lui une réputation flatteuse du Roi du Hot Dog. La famille prend la relève et perpétue la tradition entre qualité, traçabilité et… Wienermobile.

En 1958, le nouveau modèle proposé par Brooks Stephens, un designer industriel, est  plus « gras » que le modèle original de 1936. Plus long, il met au défit les rois du créneau version tête à queue. Dans la foulée, Oscar Mayer teste d’autres supports de communication avec  en 1963 ses premier spots radio et deux ans plus tard un  spot télé.   La Wienermobile de 1969, quant à elle, prend le meilleur et propose des feux arrière de Ford Thunderbird et un cadre de camping-car Chevrolet. En 1981, Oscar Mayer est vendue à General Foods puis à Kraft General Foods, nom de la division alimentaire de Philip Morris issue premier groupe agroalimentaire d’Amérique du Nord. La Wienermobile ne disparaît pas pour autant et est bien présente pour célébrer le 50e anniversaire de la marque en 1986. Deux ans plus tard, les marques de jouets Hot Wheels et Matchbox y vont de leurs répliques miniatures à l’échelle 1:64e.

Les hotdoggers aux commandes

Accident en 2009 à Mount Pleasant dans le Wisconsin d’une Wienermobile

L’année 1988 est un tournant pour la compagnie Oscar Mayer avec l’arrivée du programme Hotdogger. Chacune des six Wienermobiles en fibre de verre est dirigée par une équipe de Hotdoggers. Les Hotdoggers sont diplômés, ont les dents blanches, sont bien bâtis et connaissent tout du Hot dog. Ils font partie de la « crème » des campus universitaires américains. Seulement 12 sont sélectionnés sur plus de 1000 candidats. Un camp de formation de deux semaines leur est proposé pour apprendre à conduire  la Wienermobile et tout connaître de l’histoire de la société Oscar Mayer. Tels les Apollons d’ Abercrombie & Fitch , les Hotdoggers sont les « gentils animateurs » d’Oscar Mayer. Supermarchés, foires agricoles, événements sportifs, tout y passe.  A bord de leur bus à saucisses  équipé de  sièges baquets, micro-ondes et téléviseurs,  ils sillonnent tout le pays.  Le modèle  de 2004, long de 8,23 mètres est équipé d’une sonorisation capable de jouer le jingle publicitaire de la marque en vingt-et-un styles musicaux différents. Construit à Santa Barbara en Californie, il est basé sur un châssis Chevrolet et du moteur GM Vortec  5700. Mais la saucisse est parfois difficile à manœuvrer en témoigne l’accident spectaculaire de 2009 à Mount Pleasant  dans le Wisconsin. Certains auraient-ils voulu enlever la peau du saucisson ?

ADN de la marque, les Wienermobiles continuent leur expansion avec la Wienermini cooper sur une base de Mini, le scooter Winercycle en version side, mais également le  Wiener Rover  télécommandé et enfin le petit dernier le Wienerdrone qui comme son nom l’indique prend les airs jusqu’à 1200 pieds et se prend pour le Roi de la livraison à l’instar du drône Amazon.

Ce n’est plus une écurie mais une vraie flotte que vous pouvez louer via twitter depuis 2014. Le plus impressionnant d’entre eux reste l’indéboulonnable  Wienermobile classique pouvant contenir jusqu’à 27 000 hot dogs. Mais une question demeure depuis l’origine  : Ketchup ou mayo ?

Wienermobile de 1952

En hommage à Jean-Paul Milhé de la revue Carlingue pour lequel cet article était prévu.

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