Chevrolet Biscayne : ça passe et ça casse


Dans les années 50, General Motors fut le leader incontesté de l’industrie automobile et a dominé les ventes d’automobiles avec une part de marché de près de 50%.

 

Motorama 1955

Motorama 1955 avec la Biscayne au centre

Très à la pointe du marketing, General Motors a créé le GM Motorama de 1953 à 1959. Salon de l’automobile itinérant à la gloire de General Motors mais également des autres divisions de la marque : frigidaire, Allison engines (moteur d’avion)… L’entrée gratuite doit attirer l’attention des visiteurs pour stimuler les ventes. Les spectacles de style Broadway proposés entre deux présentations de concept car sont réglés comme des horloges. Les années 1953 à 1956 sont cependant les plus mémorables grâce aux prototypes tels que le GM LeSabre, la Cadillac Le Mans, la série Buick Wildcat, la première Chevrolet Corvette, le GM Firebird I, II et III avec turbine ou encore la Oldsmobile Golden Rocket.
1955_chevrolet_biscayne_03En 1955, General Motors propose au Motorama la Chevrolet Biscayne en fibre de verre. Le projet, mené sous la direction de Harley J. Earl. Earl,vice-président de GM en charge du design, propose l’«exploration dans l’élégance». Pour son cahier des charges on retrouve un toit rigide métallique vert, quatre portes suicidaires sans pilier central. a l’époque, c’est  la seule voiture de rêve Chevrolet à avoir ces caractéristiques.

Un avant d’inspiration anglaise

Jaguar XK120 de 1948

Jaguar XK120 de 1948

Stylistiquement parlant, la Chevrolet Biscayne a deux visages et ressemble à s’y méprendre à la Jaguar XK120 » de 1948 pour la face avant. A cette époque les designers américains sont très influencés par ce qui se passe en Europe et font d’ailleurs appel à des carrossiers réputés italiens pour les aider à concevoir des concept cars.  On retrouvera la partie arrière de la Biscayne en 1960 sur la Chevrolet Corvair.

Chevrolet Corvair - 1960

Chevrolet Corvair – 1960

Plusieurs autres caractéristiques telles que la conception du panneau arrière seront éventuellement retrouvées sur la Corvette 1961-62 comme le pare-brise dit « stratosphérique » est courbé vers le haut dans le toit. Sa partie supérieure est teinté pour réduire l’éblouissement du soleil. Autre particularité, cet élégant concept est presque dépourvu de chrome à une époque où il faisait loi.

Sous le capot en fibre de verre de la Chevrolet Biscayne, le V8 de 215 chevaux « Turbo-Fire ». Mais comme souvent, en dépit du  battage médiatique sur le moteur de Biscayne, la voiture de spectacle est ce qu’on appelle un « pushmobile » qui ne pouvait pas prendre la route.

Des concept cars à la casse

A l’intérieur, quatre sièges baquets avant et arrière ont eux aussi leu innovation. Les sièges avant tournent vers l’extérieur et les sièges arrière sont séparés avec une petite console qui sert de zone de stockage et de bras.

La Biscayne à la casse de

La Biscayne à la casse de Warhoops

Lorsque les voitures de rêve ne sont plus considérées comme particulièrement rêveuses, certains membres de la hiérarchie des GM ordonnent la mise au rebut de certaines voitures. Il faut se resituer dans un contexte de profusion automobile. L’Amérique est à son apogée et produit des millions d’automobiles. L’instinct de préservation est jugé à cette époque inutile (on s’en mordrait les doigts). Aussi sans l’ombre d’un remord, la Chevrolet Biscayne se retrouve à la casse de Warhoops de Sterling Heights dans le Michigan avec le roadster LaSalle II, la berline LaSalle II et la Cadillac 1956 Eldorado Brougham, prêtes à être découpées.

Fort heureusement, en 1989, Marc Bortz, fils de Joe Bortz, parcoure un article sur les voitures du GM Motorama selon lequel les épaves seraient toujours en attente de destruction dans la casse Warhoops. Le jeune homme s’empresse de téléphoner au récupérateur et lui demande s’il a un lien de parenté avec un certain Joe Bortz, qui avait déjà récupéré certaines voitures d’exposition dont le Buick Wildcat de 1953. Confirmant ce fait, Joe Bortz se rend à la casse et négocie pour un prix dérisoire l’achat de la Chevrolet Biscayne. Il mettra 22 ans à la restaurer.

Quand on voit la ligne magnifique de la voiture, on ne peut que s’offusquer des décisions de « riche » du Directoire de GM. Le plus étonnant est que ce concept ait survécu 34 ans plus tard et que d’aucun ne s’était inquiété de son sort. Thank you Mr Bortz !

La Chevrolet Biscayne après 22 ans de restauration

La Chevrolet Biscayne après 22 ans de restauration

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