Manic GT, la berlinette québécoise


A La Gazette d’Hector, on adore les américaines pour leur style inimitable et le son fabuleux de leur moteur V8. Mais un jour @BenjaminCholeau , rédacteur pour le Blog, arrive avec un dossier pour le moins exotique : la Manic GT, québécoise de son état. Etats-Unis, Québec, on allait pas faire l’impasse sur les cousins. Benjamin nous présente ce drôle d’oiseau.

Jacques About créateur de la marque Manic

Ce que l’on sait peu c’est que la Régie Renault exportait, dans les années 60 en Amérique du Nord, des R8 et R10. Vers la fin des années 60, Renault Canada lance une étude de marché pour importer l’ Alpine A110
sur le sol Nord-américain. Même si l’étude montre que les canadiens sont potentiellement intéressés par une voiture sportive et légère, Renault prend la décision de renoncer à l’exportation de l’Alpine.

Oui mais voilà l’aventure ne s’arrête pas là. Jacques About, née en 1938 en France,  s’installe au Québec à Montréal lors de la Grande Noirceur dans les années 50. Il travaille alors aux affaires publiques pour Renault Canada et plus particulièrement sur le dossier d’importation de l’Alpine A110.

Manic la cousine d’Alpine

Passionné de sport automobile, il n’accepte pas la décision de Renault et décide de créer l’Alpine québécoise. En 1968, il fonde la société « Manic ». Le nom vient des barrages en constructions qui se construise à la même époque sur la rivière Manicouagan. Afin de faire connaître son projet de construire une voiture sportive, il se lance dans la compétition et achète des monoplaces au près du fabricant français GRAC qu’il engage en
Formule C et B (aujourd’hui appelé Atlantic Championship) avec le soutien des incontournables cigarettes Gitanes.

Forts de ses succès en compétition, les investisseurs afflux. Parmi eux, le géant Bombardier, à l’époque simple fabriquant d’autoneige et motoneige, la famille Steinberg, propriétaire des supermarchés Steinberg’s et pour finir le gouvernement canadien. En tout, c’est 1,5 million de dollars qui sont investis dans la petite société. Ni une ni deux, dans l’atelier de l’écurie, à Greenfield Park, un arrondissement de Longueiles, les hommes se mettent au travail pour construire le premier prototype de la Manic GT.

Une équipe Made in France

Usine Manic

Le dessinateur est Serge Soumille, un jeune français de 25 ans, qui quitte la France en mai 1968 pour suivre sa femme, chanteuse pour la maison de disques Barclay en tournée au Québec. Travaillant dans la compétition automobile en France, il recherche un poste de pilote. Il entend parler du projet de Jacques About. Il est engagé pour quelques courses en Formule C puis on lui propose de s’occuper de la conception du design, le tout sous l’œil avisé de Jacques About. Un autre français est de l’aventure, Maurice Gris, jeune mécanicien de 19 ans. Ce dernier répond à une annonce paru dans Ouest France pour aller travailler au Canada dans les garages Renault. À cette époque, les américains ne voulait pas travailler sur des voitures européennes ou japonaises, les qualifiants de voiturettes avec leurs petits moteurs et le peu d’espace pour travailler autour. C’est dans l’usine SOMA Société de Montage Automobile de Renault Canada à Saint-Bruno de Montarville qu’il rencontre Jacques About. Les deux français sympathisent, et Maurice Gris devient le mécanicien de l’écurie Manic. Par la suite, il quitte Renault pour rejoindre Jacques About dans son projet de berlinette. Il est envoyé en France, où il passe quelque temps chez GRAC et Alpine, pour apprendre le fonctionnement des monoplaces et la conception des voitures en fibre de verre. À son retour, il est chargé de l’assemblage de la mécanique et de la production. À son retour, il est chargé de l’assemblage de la mécanique et de la production.

Une vitesse annoncée à 215 km/h pour 658 kg

Martha Vasconcellos, Miss Univers 1968 s’appuyant sur une Lotus Europa lors du salon
automobile de Montréal en 1969

En avril 1969, lors du salon automobile de Montréal, le concept de la Manic GT est présentée pour la première fois au public… avec une portière manquante, dû au manque de temps pour la réaliser. En dépit de cet anecdote, le concept reçoit un bon accueil. Les premières commandent tombent. La production des premiers modèles de la Manic GT est lancée en octobre 1969. Ils sont assemblés avec l’aides d’étudiants en mécanique dans une usine désaffectée à Terrebonne. La Manic GT est conçu sur le châssis de la Renault 8, renforcé par un châssis tubulaire et unecarrosserie en fibre de verre. En reprenant les trains avant et arrière de la Renault 8, le moteur de 1300 cm3 d’origine Renault, positionné en porte à faux arrière, la berlinette est proposée avec trois niveaux de puissances différentes, 65, 80 et 105 chevaux SAE. Associée à une transmission manuelle à 4 rapports synchronisés et une transmission manuelle à 5 rapports synchronisés en option. Avec ses dimensions européenne, longue de 4,13 mètres, large de 1,50 mètre, avec une hauteur de 1,14 mètre et  un poids plume de 658 kilogrammes la Manic GT atteint  la vitesse de 170 km/h à 215 km/h, selon la spécification moteur. Et pour l’arrêter, la berlinette est équipé de 4 freins à disque, qui était plutôt rare à cette époque.

Le prix de vente de la Manic GT de base avec ses 65 chevaux est de 2200$ quant à la 105 chevaux son prix est affiché à 3400$ sachant qu’à l’époque, le revenu moyen d’un couple canadien s’élevait à 6500$ par an. En 1970, « Les Automobiles Manic » font feu de tout bois. L’objectif est d’en construire 2000 exemplaires par an Tout en continuant la fabrication dans une nouvelle usine de production de 6500 m² à Granby. En parallèle, Jacques About et son équipe continuent les courses automobiles, dont les Grands Prix de Formule B et C, et se lancent un nouveau défi, l’endurance. Ils se mettent à l’élaboration d’un prototype d’endurance, la Manic PA-II.

En avril, lors du salon Automobiles de Montréal, on retrouve sur le stand Manic, la Manic GT dans sa version finale, les Formule GRAC et la Manic PA-II. L’enthousiasme de la presse et des visiteurs du salon contribuent à remplir le carnet de commandes à tel point qui faudra plus de 2 mois d’attente pour l’acquérir. Le 1er janvier 1971, l’usine  de Granby est inaugurée. 120 employés y travaillent pour produire 5 voitures par jour. La production augmente mais Jacques About a de plus en plus de mal à se faire fournir par la Régie Renault, l’obligeant à solliciter des concessionnaires et des garages Renault de la région du Québec. La production prend de plus en plus de retard, les soucis financiers arrivent… La construction de l’usine à coûté beaucoup d’argent, la compétition ne rapporte pas autant que prévu. N’étant plus payé dans les délais, Renault cesse toute livraison. Le 8 juin de la même année, l’usine des « Automobiles Manic » ferme ses portes…

Il faudra 15 ans à Jacques About pour finir de payer ses créanciers, avec comme seul regret, avoir refusé de s’installer dans les usines de Bombardier pour produire la Manic GT, de peur de se faire absorber. Il n’y aura eu qu’une centaine d’exemplaires produits dont une qui finira en France, au siège Renault. Serge Soumille la récupérera à son retour en France. Parti initialement au Québec pour 3 mois, il y sera resté 3 ans, le temps de l’aventure Manic. Clap de fin.

By @BenjaminCholeau

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