Little Richard : rockeur prêcheur


Et voici un autre bastion du Rock n’roll qui disparaît. Little Richard, considéré depuis les années 50 comme l’un des pères du rock’n’roll est décédé samedi 9 mai à Nashville Tennessee d’un cancer des os à l’âge de 87 ans. Little Richard, de son vrai nom Richard Wayne Penniman mesurait en fait 1m80. Il a commencé par chanter du gospel avant de marquer les années 50 avec son style très rock’n’roll.

L’artiste a influencé une grande majorité de ses successeurs et fait partie de la Dream team constituée de Chuck Berry (1926-2017), Jerry Lee Lewis, Fats Domino (1928-2017), Bo Diddley (1928-2008), Carl Perkins (1932-1998) et bien sûr Elvis Presley (1935-1977). En 1986, il participe à la fondation du Rock and Roll Hall of Fame, « le Musée et le Panthéon du Rock and Roll », où il est intronisé.

Né le 5 décembre 1932 à Macon, dans l’Etat de Géorgie, Richard Penniman est l’un des douze enfants (sept garçons et cinq filles) d’une famille où le quotidien est régi par de stricts préceptes moraux. Ce qui n’empêche pas son père, maçon, de vendre de l’alcool de contrebande et de s’occuper d’un club de la ville. Petit, de constitution fragile, avec une voix assez aiguë qu’il garde après la puberté, le jeune Richard Penniman reçoit vite le surnom de Little Richard lorsqu’il commence à chanter au sein d’une formation familiale de gospel dans les églises.

Un jeu scénique extravagant

A l’âge de 13 ans, il est chassé de chez lui et recueilli par des voisins. Il expliquera plus tard que c’était en raison de ses manières efféminées et d’une attirance naissante pour les garçons. Little Richard aura toujours du mal à assumer son homosexualité. En 1950, il rencontre le chanteur Billy Wright, dit le « Prince du blues » dont la coupe de cheveux bouffante, la fine moustache, les longues vestes et pantalons larges brillants inspireront sa propre apparence. Sa relation avec Wright lui permet de signer un contrat avec la compagnie RCA Records sans grand succès. Il apprend alors les rudiments de piano avec une attaque rythmique très marquée venue du boogie-woogie. Sa signature au même titre que sa voix.

En février 1952, son père est assassiné devant son club. Little Richard trouve un emploi de plongeur et, le week-end, chante dans divers groupes. C’est avec The Upsetters, que sa réputation de sensation scénique gagne de l’ampleur. Il joue debout devant son piano, se démène, transforme le chant en hurlement. Devenu célèbre, il ne sera pas rare qu’il grimpe sur son piano, finisse ses concerts torse nu.

La compagnie phonographique Specialty Records, à Los Angeles, s’intéresse à lui. Une séance d’enregistrement est organisée à la mi-septembre 1955 à La Nouvelle-Orléans, avec les musiciens de Fats Domino. C’est lors d’une pause que Little Richard aurait proposé Tutti Frutti, qu’il avait l’habitude d’interpréter depuis des années. Tutti frutti est un terme d’argot qui désigne un homosexuel, la chanson est explicite : «Tutti Frutti, good booty/If it don’t fit, don’t force it», en français : «Tutti Frutti, chouette popotin/Si ça n’entre pas, ne force pas». La classe…

Pour l’enregistrement, le «good booty» devient «aw rooty», déformation argotique de «all right», le narrateur évoque désormais deux filles, Sue et Daisy, qui certes savent s’y prendre, mais dans un texte tout en sous-entendus.

Des succès à partir de 1956

Tutti Frutti grimpe à la deuxième place des classements « rhythm & blues » aux Etats-Unis. Suivront, en près de trois ans, pour Little Richard, ses principaux succès avec en 1956 Long Tall Sally, numéro 1 « rhythm & blues » comme Rip It Up (1956) et Lucille (1957), par ailleurs numéro 6 du « Top 100 », sa meilleure entrée dans ce classement général.

Autres classiques, Ready Teddy, She’s Got It et The Girl Can’t Help It, qu’il interprète dans la comédie musicale du même nom réalisée en 1956 dans laquelle apparaissent aussi Eddie Cochran , Fats Domino et Gene Vincent et Jayne Mansfield  avec la même recette: mélodie au piano, solo de saxophone précédé d’un cri. Devenu riche, Little Richard achète une villa à Los Angeles et y emménage avec sa mère.

Une vie de prêcheur

En octobre 1957, lors d’une tournée en Australie avec Vincent et Cochran, Little Richard annonce qu’il abandonne les turpitudes du rock’n’roll pour se consacrer à Dieu. Specialty Records publiera jusqu’en 1959 plusieurs enregistrements réalisés avant ce retrait parmi lesquels Good Golly Miss Molly.

Fin 1957, il prend des cours de théologie et rencontre Ernestine Campbell qui sera son épouse de 1959 à 1963. Ils adopteront le petit Danny Jones Penniman âgé de 1 an. Il commence à prêcher à partir de début 1958 et ne veut plus enregistrer que des chants traditionnels de gospel ou des compositions témoignant de sa foi. Plusieurs albums paraîtront, dont The King of The Gospel Singers, pour Mercury, réédité en 1965 sous le titre It’s Real. A l’automne 1962, Little Richard accepte toutefois de venir tourner en Europe en même temps que Sam Cooke.

Little Richard en 1966

C’est à l’approche des années 70 que sa fameuse coupe de cheveux prend des proportions « pompadouriennes » et ses costumes sont de plus en plus extravagants. Il revisite surtout ses titres et sort beaucoup disques Live. Sa créativité est mise à mal par l’alcool, la cocaïne et l’héroïne. Little Richard se soigne et reprend ses activités de prêcheur. Il enregistre un disque de chants de gospel en 1979. Au milieu des années 1980, il concilie sa foi et la pratique du rock’n’roll. Il enregistre même un disque de chansons pour enfants façon rock’n’roll, Shake It All About, publié en 1992 pour le label de la compagnie Walt Disney. Ses derniers concerts remontent à 2014, il apparaissait encore sur scène à l’occasion, pour témoigner de sa foi dans des églises et des émissions de télévision.

Des copains français

Tout au long de sa carrière, l’artiste a dévoilé de véritables tubes. On retient Tutti Frutti, son premier succès, Good Golly Miss Molly, Rip It Up ou encore Long Tall Sally. Ce dernier tube a inspiré le rockeur français Johnny Hallyday qui a dévoilé deux reprises : Sally (1964), disponible sur l’album Johnny, reviens !, et Oh ! Sally (1975) sur l’album Rock à Memphis. C’était aussi un copain d’Eddy Mitchell avec qui il chantera avec Johnny Halliday sur l’album Jambalaya la reprise Elle est terrible, comme sa vie !

 

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