Rock Hudson : l’acteur à la double vie


Rock Hudson, de son vrai nom Roy Harold Scherer Jr., est un acteur américain qui aura marqué Hollywood par son ambivalence. Pur produit de l’âge d’or d’Hollywood dans les années 50, il est aussi tristement célèbre pour avoir été l’un l’une des premières vedettes à déclarer publiquement sa seropositivité.

Né le 17 novembre 1925 à Winnetka dans l’Illinois, le jeune Roy est issu d’une famille modeste d’origine irlandaise par sa mère et d’un père d’origine suisse alémanique qui les abandonne très tôt. L’enfance n’est pas très heureuse aux côtés d’une mère dominatrice et autoritaire et d’un beau-père violent. Dès ses 18 ans, en 1943, il prend la poudre d’escampette et s’engage dans la marine et embarque pour les Philippines pour travailler comme mécanicien dans l’aviation. Il est démobilisé en 1946 et en 1946, il s’inscrit d’abord à l’université de Californie du Sud pour y étudier le théâtre mais se fait renvoyer à cause de ses mauvaises résultats. Il exerce alors plusieurs petits boulots d’ouvrier agricole ou camionneur.

Le roi du western

L’horizon s’éclaircie quand Il tente sa chance à Hollywood. il décroche un petit rôle dans son premier film : Les Géants du Ciel (1948). La prestation de Rock Hudson dans ce long métrage est célèbre pour une mauvaise raison : il a besoin de 38 prises pour dire une seule réplique ! Mais, il attire l’attention d’un chasseur de talents, Henry Willson  qui lui fait faire dans un premier temps de la figuration. Il se fait remarquer et obtient des seconds rôles dans les films d’action et les westerns de Raoul Walsh. Le metteur en scène lui donne la vedette dans Victime du destin (1952) et La Belle Espionne et Bataille sans merci (1953).

C’est en 1952 qu’il fait une rencontre décisive pour sa carrière en la personne de Douglas Sirk. Grâce au succès du film qu’ils tournent ensemble, Qui donc a vu ma belle ?, l’acteur trouve enfin de nombreux premiers rôles après une quinzaine de films comme dans Winchester 73 ou Les Affameurs dont James Stewart est la tête d’affiche. Il joue également avec Steve Cochran dans Le Justicier impitoyable et Anthony Quinn dans L’expédition du Fort King.

Rock Hudson dans Taza, fils de Cochise

Rock Hudson devient l’interprète fétiche de Sirk, qui mise beaucoup sur son allure athlétique et son physique séduisant. Il est remarqué dans le western Taza, fils de Cochise (1954) puis Tout ce que le ciel permet (1956) et Capitaine Mystère (1955).

Encore une fois, c’est Douglas Sirk qui lui offre des rôles aux antipodes des précédents, et qui le pousse à se surpasser en tant qu’acteur. Ensemble, ils enchaînent les « mélodrames flamboyants » : Le Secret magnifique (1954), Tout ce que le ciel permet (1955) et Ecrit sur du vent (1956). Il est présent, aux côtés de James Dean, avec qui il aura quelques anicroches, et Elizabeth Taylor, dans Géant (1956) de George Stevens, dans Le Carnaval des dieux (1957) de Richard Brooks. Ces interprétations d’hommes torturés et sensibles marquent un nouveau tournant dans la carrière du comédien. Mais il montre aussi qu’il peut jouer des rôles plus légers.

L’acteur de comédies

La fin des années 50 le voit donc triompher dans des comédies, souvent en compagnie de l’actrice Doris Day, comme Confidences sur l’oreiller (1959), Un Pyjama pour deux (1961) ou Ne m’envoyez pas de fleurs (1964). La comédie est un genre qui lui va bien puisque la même année, Howard Hawks lui offre le premier rôle dans Le Sport favori de l’homme, quiproquo entre un homme et une femme dans le monde de la pêche.

John Wayne et Rock Hudson dans les Géants de l’ouest

Rock Hudson dans Darling Lili

C’est à la fin des années 60 que Rock Hudson se tourne de nouveau vers des rôles plus physiques. Son corps est mis à rude épreuve puisqu’il affronte des températures très froides dans Destination Zebra, station polaire en 1968, se bat contre un John Wayne taciturne  dans Les Géants de l’Ouest (1969) et replonge dans les combats de la Première Guerre Mondiale  avec Darling Lili, de Blake Edwards. Malgré cette collaboration, la carrière de l’acteur marque le pas. Il tourne sous la direction de Roger Vadim Si tu crois fillette (1971), rivalise avec Dean Martin dans Duel dans la poussière (1973), avec dans ses bras toujours les plus charmantes actrices : Angie Dickinson, Barbara Carrera ou Mia Farrow. s’essaye même à la science-fiction  avec Embryo (1976). Mais toutes ces productions sont secondaires. L’acteur migre alors vers le petit écran, à travers des séries ou des téléfilms télé McMillan (1971-1977), Détroit (1978) et Chroniques martiennes (1980).

Ronald Reagan et Rock Hudson en 1984

Il tourne son dernier film, L’Ambassadeur, en 1984 aux côtés de Robert Mitchum et de Ellen Burstyn. Le 25 juillet 1985, à Paris, Rock Hudson révèle qu’il est atteint du sida, et marque les esprits en révélant son visage décharné par un sarcome de Kaposi. Yanou Collart, son attachée de presse et amie, est dans l’obligation de débourser 300 000 dollars pour louer un 747 afin de rentrer à Los Angeles car aucune compagnie ne veut le transporter. L’acteur décède quelques mois plus tard, le 2 octobre 1985 à Berly Hills.

Une homosexualité dévoilée tragiquement

Dès le mois suivant, son homosexualité est ouvertement évoquée dans la presse. Les rumeurs sur sa relation avec Claudia Cardinale à l’époque sont en réalité fausses, l’actrice révèlera plus tard avoir fait croire à son couple avec Rock Hudson aux journalistes pour protéger la carrière de l’acteur, à une époque où l’homosexualité était plutôt mal perçue. Phyllis Gates, son ancienne femme, écrira un livre sur leur mariage arrangé par leurs patrons communs.

Archétype du jeune premier « homme à femmes » aux allures de gendre idéal, la mort de l’acteur contribue à attirer l’attention sur l’épidémie de sida et sur ses conséquences dramatiques.

 

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